Et maintenant… on fait quoi?

La dernière semaine a été tout simplement un tourbillon. Je me suis sentie à nouveau comme une élève de secondaire V qui voit son professeur de français s’emparer de son texte et le lire devant toute la classe.

Puis devant toute l’école.

Puis devant toute la commission scolaire.

Ça m’est déjà arrivé à l’époque. J’en avais conclu que les feux de la rampe, ça n’était pas pour moi. J’en arrive exactement à la même conclusion aujourd’hui.

Et aujourd’hui, le public a été drôlement plus étendu. J’ai eu plus de 12 000 visionnements sur mon blogue. On a parlé de mon texte à Première Heure à la radio de Radio-Canada, on l’a publié sur le site web du Soleil, et on y a consacré un article dans le Journal de Québec. L’article compte 440 « J’aime » Facebook, peut-être un peu plus maintenant. J’ai perdu le compte des partages sur Facebook et Twitter tellement il y en a eu. Le texte a aussi été relayé par QuébecUrbain.qc.ca, La Capitale Blogue ainsi que par de nombreux autres blogues. Enfin, il a été à la une des textes les plus lus sur WordPress pendant quelques jours.

Bref, je crois que je peux qualifier cela de mini raz-de-marée à échelle locale.

Qu’est-ce que j’en retiens?
Tellement de choses… tant sur le plan personnel que professionnel.

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Tout d’abord, je prends un tout petit petit peu de crédit pour l’écriture du billet – à ce jour, c’est probablement ce que j’ai écrit de mieux. J’ai reçu tout plein de bons mots à cet effet, souvent de gens dont j’admire moi-même l’écriture et le style, et j’en suis très reconnaissante. Comprenez-moi, je passe encore « à travers les portes »… mais se construire une confiance en soi dans un domaine aussi subjectif que l’écriture, un domaine où tout un chacun a une opinion tout prête et la critique facile, ça n’est pas évident.

Alors, je dis merci à tous ceux qui m’ont encouragée.

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Je savais que mon voisin était une bonne personne. Ce que je ne savais pas, c’est que tant de gens l’appréciaient. J’aurais trouvé tellement triste d’être la seule à voir ses grandes qualités. De constater à quel point il était aimé d’une multitude de gens, ça m’a vraiment réconforté.

Et aussi, je crois que ça donne une bonne leçon de vie, ça fait réfléchir: si je disparaissais aujourd’hui, est-ce que je pourrais me vanter d’avoir touché la vie des gens autant qu’Alain l’a fait? Et vous, le pourriez-vous? De quelle façon se souviendrait-on de vous?

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D’un aspect purement professionnel, j’ai été fascinée de voir la rapidité avec laquelle le tout s’est propagé. Vous me direz que le sujet était d’actualité et « accrocheur » – vous avez raison. Toutefois, je crois que cela illustre bien l’une des tendances des médias sociaux qui est la soif d’authenticité, de transparence, de « vrai ». Je crois que ce qui a attiré l’attention sur mon billet, c’est l’honnêteté qui s’en dégageait. Les gens l’ont sentie, reconnue et saluée.

Cela dit, en communicatrice que je suis, je transpose inévitablement à mon métier. Et cela me fait réfléchir énormément à la façon d’utiliser les médias sociaux pour mon boulot. Vivre l’effet viral alors qu’on est à l’origine de la tempête, ça fait définitivement voir les choses d’un œil différent mais je me serais bien contentée d’observer le tout des lignes de côtés.

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Certaines autres de mes réflexions se situent à mi-chemin entre le professionnel et le personnel.

Tout d’abord, parmi tous les commentaires que j’ai reçu, j’ai exercé remarquablement peu de censure (oui, je me réserve le droit de ne pas accepter certains commentaires – c’est chez moi ici). Par contre, les gens ont été excessivement respectueux et se sont exprimés avec élégance. J’ai refusé un seul commentaire qui qualifiait mon quartier de « capitale du crime » (vous comprendrez que je rephrase ici le commentaire qui était beaucoup, beaucoup plus cru). Pour deux commentaires publiés, j’ai coupé certains extraits. Je m’en excuse auprès des auteurs, mais mon blogue n’est pas le bon endroit pour diffuser certaines informations ou porter des accusations. J’ai préféré limiter le tout aux hommages rendus à Alain, et j’ai publié la portion de leur commentaire qui s’inscrivait dans cet angle.

J’ai aussi été étonné de l’utilisation des médias sociaux dans le processus de deuil collectif. C’est certainement un phénomène qu’on observera de plus en plus au cours des prochaines années. Est-ce une bonne chose, quels en seront les effets? Aucune idée, mais la chose méritera réflexion et est définitivement un signe des temps.

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Je constate également un fait très intéressant (et là, je révèle mon côté nerd): l’importante de la mise en contexte. Lorsque j’ai mis mon billet en ligne, les événements étaient relativement frais à la mémoire de tous. Tout le monde a compris à quoi mon billet faisait référence – visiblement, puisqu’il s’est propagé comme une traînée de poudre.

Mais maintenant, alors que les événements sont déjà loin en cette époque où tout va trop vite, on m’a posé à deux reprises cette semaine la question « Mais comment il est mort, ton voisin? »… Pour moi, ça semble évident, tout mon billet tend vers cette conclusion, mais je m’aperçois que l’écart de temps affecte la compréhension du texte.

Nerd, je vous l’ai dit. Mais il me semble qu’il y a là une facette de l’écriture qui serait fascinante à étudier.

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Je retiens aussi tout un mélange de sentiments…

De la fierté d’avoir ouvert la porte et permis à un tas de gens de rendre hommage de façon officielle à Alain et l’impression de lui avoir tout transmis cette énergie, je ne sais trop comment.

De la satisfaction d’avoir dit « tout haut » ce que tout le monde pensait; de l’avoir fait en mettant le projecteur sur mon voisin seulement, en suscitant une dignité certaine dans tous les commentaires.

Un peu d’inquiétude aussi, car je ne voudrais surtout pas avoir l’air de profiter de cet événement si triste.

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Et maintenant… on fait quoi?

Même si ça peut paraître sans cœur ou froid, je dis: on passe à autre chose.

On n’oublie pas, ça c’est certain. Je crois que la petite maison bleue demeurera pour moi, pendant des années encore, « chez Alain ». C’est certain que je repenserai à tous ces événements à chaque fois que je passerai devant. Mais on passe à autre chose.

Tout d’abord, j’ai enlevé la possibilité de laisser des commentaires sur mon billet. C’est assez. Continuer serait profiter, alors j’arrête.

Plusieurs personnes ont découvert mon blogue avec ce billet, et reviendront peut-être me lire en espérant un texte aussi « coup de poing »… J’ai bien peur que vous ne soyez déçus.

J’ai déjà suivi un atelier donné par une grande auteure québécoise (à mon humble avis). Un de ses conseils qui m’avait frappé, c’était d’écrire « là où ça fait mal ». Je m’étais dit à l’époque que je ne serais jamais auteure parce que, me gratter le bobo, c’est pas trop mon genre. Visiblement, ça fait une différence, d’où la popularité de mon billet. Mais je suis du genre à voir le verre d’eau à moitié plein, et donc à m’émerveiller devant tous les témoignages à la mémoire d’Alain plutôt qu’à être triste ou en colère et à crier vengeance.

Donc, à moins d’un autre événement dramatique dans ma vie, ou à côté de chez moi, mes prochains billets reprendront vite une saveur beaucoup plus bonbon.

Oui, je parlerai certainement encore à l’occasion du quartier de St-Sauveur, c’est certain. Mais vous risquez aussi de tomber sur ma recette de crème de tomates et lentilles rouges que j’ai promis à une amie et que je tarde à publier parce que je trouvais donc étrange de faire suivre un texte sur une mort tragique par une banale recette.

Voilà.

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13 réponses à “Et maintenant… on fait quoi?

  1. Merci d’avoir mentionné La Capitale blogue 🙂 Votre texte fait partie de ceux que j’ai prévu mentionner au cours de mon émission hebdomadaire. Il faut dire qu’il est une coche au-dessus de la plupart de ceux que je lis tous les jours pour ma revue des blogues 😉

  2. Pingback: Et maintenant… on fait quoi? « Sylvie Isabelle | lacapitaleblogue.com·

  3. Une fois de + bravo Sylvie. Tu auras trouvé les mots pour nous émouvoir, nous faire réfléchir… Et ceux pour tourner la page. Écrire un texte qui allait suivre celui à propos d’Alain n’était pas une tâche simple. Mais tes mots et ta façon authentique d’écrire auront suffi, une fois de plus. Un dernier bravo à toi pour ce texte touchant… Et vivement la recette de crème aux lentilles! (Tu le sais que j’aime ça, les recettes!…) 😉

  4. Félicitations!

    Cette reconnaissance me semble amplement justifiée, compte tenu que ton billet parlait visiblement avec ton coeur! 🙂

  5. En effet; La vie continue. Le quartier sera différent. De nouveaux liens seront tissés entre les voisins. En espérant, que l’esprit d’Alain demeure dans nos relations de voisinages.

    J’ai souri en lisant ton présent article. En effet le temps est une chose relative.
    J’ai apprécié également que ton blog soit resté un hommage et non un appel à la vengeance.

    Il demeurera toujours des gens pour croire que ce qui s’est passé est normal dans notre quartier et que c’était certainement une histoire louche de drogue ou autre.

    Tout ceux qui connaissaient Alain savons qu’il n’en est rien.

    Il ne s’agit que d’une situation sordide qui a frappé près de chez nous.

    Les gens préfèrent croire que cela n’arrive qu’aux criminels et dans ce milieu.
    Cela les réconforte sans doute de croire qu’il y avait forcément une raison Ou un motif bien réel à ce meurtre qui demeure loin de leur réalité.

    Ainsi ils peuvent continuer leur vie comme elle était.
    En croyant que cela ne pourra jamais leur arriver à eux-même ou à un de leur proche.

    En ce qui nous concerne c’est arrivé à notre voisin.
    On le connaissait très bien il s’appelait Alain et beaucoup de gens l’aimait bien.
    Rien ne permettait de croire qi’il finirait ainsi.

    La vie continue emmennant avec lui cette impression qu’elle est courte et imprévisible et qu’il faut donc en profiter pleinement à chaque moment.

    Merci encore pour avoir écrit ce que j’aurais aimé écrire.
    Je crois que la petite maison bleue demeurera pour moi aussi, pendant des années “chez Alain”. Et assurément, repenserai à tous ces événements à chaque fois que je regarderai cette maison. Mais on passe à autre chose je suis bien d’accord.

  6. C’est ce que je trouve le plus difficile lorsque survient le décès d’un proche, c’est que la vie continue… Évidemment, les gens vont à leurs affaires et c’est bien normal. Pour ma part, c’est toujours pénible ce moment qui vient « après ». Peut-être parce que je suis plus vieille, plus usée. Mais la blessure se cicatrise petit à petit.
    Saint-Sauveur est un quartier que je nommais  » tissé serré » et on vient d’échapper une maille… Ça laisse une trace dans ce beau tricot.
    Merci à toi d’être là, d’avoir choisi de faire partie de ce beau tricot parmi tant d’autres et de nous avoir permis de nous exprimer sur ce qu’on a vécu. Ça panse la blessure et l’aide à guérir.
    Et quand je passerai devant chez toi et que j’humerai la bonne odeur de cuisine, je saurai maintenant que c’est à cause de la crème de tomates et lentilles rouges.
    La vie continue…

  7. Comme bien des gens, j’ai entendu parler de votre billet sur les ondes de Radio-Canada, puis je l’ai vu référé sur FB. Je l’ai lu, je l’ai référé à mon tour. J’en ai également parlé (notamment avec l’éditeur qui publie, de temps en temps, des blogues… Comme « Mère indigne » ou un « Taxi la nuit »)
    Or, ce qui m’a le plus touchée, c’est d’entendre des « monsieurs du quartier », au Ashton sur Charest, parler de votre texte. Émus, contents de voir qu’on parlait ainsi de quelqu’un qu’ils connaissaient, d’un quartier qui était le leur.
    Je ne sais pas si cela vous le mesurez, mais c’est une très, très belle reconnaissance. Ces hommes, sans beaucoup d’éducation, dans leurs mots à eux, qui n’en revenaient pas de l’hommage qui était ainsi fait à Alain.
    Et je pense que le mérite tient de la qualité de votre plume… mais aussi de ce qui ne s’invente pas: la sincérité.

    • WOW! Merci beaucoup, vraiment beaucoup de me raconter ça! Ça me fait vraiment chaud au coeur de savoir ça… De savoir que ça a touché les gens, je crois que c’est la plus belle chose que ces mots pouvaient faire. Les mots me manquent…

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