Salut Alain…

J’habite le quartier de Saint-Sauveur, en basse-ville de Québec. Je ne vous en ai pas beaucoup parlé encore, mais j’adore la ville: j’avais toujours voulu y habiter, et je ne sais pas encore ce qui m’a poussé à attendre la trentaine pour venir y vivre. Dès que je m’y suis installée, j’ai eu l’impression de devenir vraiment moi: entendre les conversations des passants sous mes fenêtres, oublier où j’ai stationné ma voiture tellement je m’en sers peu, la chaleur étouffante des fins des journées de canicules, les mille et uns minets qui croisent mon chemin et que je rebaptise allégrement…

J’aime la ville.

Quand j’ai acheté mon condo dans Saint-Sauveur, un rez-de-chaussée, je me doutais bien qu’un de ces quatre, je me ferais cambrioler. Ce n’était qu’une question de temps. Et quand c’est arrivé, tout choquant que ça soit, ce n’était quand même pas bien grave. J’en ai été quitte pour m’acheter une nouvelle télé, et j’avais l’excuse parfaite pour en acheter une plus grosse: celle-là, on ne la transporterait pas aussi facilement.

Ce à quoi je ne m’attendais pas vraiment, dans ce quartier où la faune, si elle n’est pas très riche, déborde de gentillesse, c’est qu’un de mes voisins se fasse assassiner.

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Alain, mon voisin, c’était le gars du quartier que tout le monde connaît. Ancien bum, aujourd’hui repenti, il avait toujours un large sourire au visage. Il saluait tout le monde et mettait gentiment son nez un peu partout. Il habitait à deux portes de chez moi, une petite maison bleue qu’il entretenait du mieux qu’il le pouvait. L’hiver, le trottoir devant chez lui était toujours déneigé et bien gratté, sans une aucune plaque de glace. L’été, il plantait de délicates fleurs mauves dans un bac à fleurs qui ornait son palier.

Il avait même entrepris de « jacker » sa maison lui-même, de se creuser un sous-sol « à bras »… Vous dire comment cet été-là, à chaque fois que je passais devant chez lui (et donc à tous les jours), je regardais sa petite maison d’un œil inquiet, en me demandant quand on allait la voir s’effondrer…

C’était évident qu’Alain n’avait pas toujours été un enfant de chœur. Il m’a déjà dit qu’il avait fait de la prison, mais qu’il avait jamais « stoolé » les gars pour qui il travaillait. J’ai supposé qu’il avait dû transporter de la drogue pour un groupe de motards, et ça ne m’aurait pas étonnée d’apprendre qu’il ait déjà cassé quelques jambes. Mais aujourd’hui, c’était un gars tranquille, pacifique, vaguement hippie, déterminé à mettre tout ça derrière lui et à se racheter.

Il partageait la maison avec Gaston, un vieux monsieur invalide dont il prenait soin. En fait, je crois que la maison appartenait à Gaston, et que tous deux, âmes à la dérive, s’y étaient construit une vie qu’Alain travaillait sans cesse à rendre meilleure. Une version urbaine et un peu paumée de « Ensemble c’est tout ».

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J’habitais le quartier depuis quelques mois quand j’ai raté une marche en haute-ville… Orgueilleuse, je suis tout de même retournée chez moi à pied, en souffrant le martyr. J’ai passé la matinée du lendemain à l’hôpital: ligament déchiré, béquilles pour au moins 3 semaines.

En après-midi, de retour chez moi, j’entends cogner à la porte.

– Salut Isabelle! Y viennent de mettre une pancarte de No Parking pour demain devant ton auto, je voulais juste te dire ça.

Alain m’a toujours appelé Isabelle, et je n’ai jamais voulu le corriger, j’avais trop peur de lui faire de la peine.

Il regarde mes béquilles.

– Veux-tu que je le change de place pour toi?

L’espace de quelques secondes, je réfléchis à la situation. Ma voiture est manuelle, et avec mon pied, impossible de penser pouvoir la déplacer. Mais je ne connais pas beaucoup Alain, qui me saluait toujours du pas de la porte chez lui, vaguement saoul en fin de journée, parfois en caleçon le matin. Je me suis dit qu’au pire, s’il partait avec la voiture, je saurais bien où le retrouver.

Alors, de ma galerie, perchée sur une béquille, j’ai expliqué à Alain comment enlever l’antidémarreur et il déplaçait ma voiture d’un coin de rue. Deux minutes plus tard, il me ramenait fièrement les clés, toujours aussi souriant, comme si c’était moi qui venait de lui rendre service et pas l’inverse.

3 ans plus tard, je lui vendais ma fidèle Civic pour une bouchée de pain. Elle est encore stationnée devant chez lui.
Ce matin, en passant devant, j’ai remarqué qu’il avait accroché un petit crucifix au rétroviseur.

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– Heille Isabelle, j’me suis trouvé une job, j’commence lundi!

Alain est fier. Il y a quelques semaines, il me racontait les efforts qu’il avait mis à faire son CV avec le centre d’emploi – il lit avec peine, et sait peu écrire.

– J’vas être préposé aux bénéficiaires dans une maison pour personnes âgées. T’sé, j’ai tellement fait de mal dans ma vie que là, ça va me racheter un peu.

Je me rappelle avoir pensé que bien des gens n’ont pas autant de conscience qu’Alain.

Le lundi, il m’a salué, la tête haute, en allant travailler pour sa première journée dans son uniforme bleu pâle.

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– Heille Isabelle, vient voir c’que j’ai icitte!

Alain est sur le coin de ma cour, son gros chien Max qui trépigne à côté de lui. Dans ses mains, il a une minuscule boule de poils noir. Le chaton lève la tête, marquée d’une belle tache blanche sur le nez. Il ronronne, curieux.

– J’vas l’appeler Ruby. Y va chasser la vermine.

Max s’élance et donne une bonne lichée au chaton qui se retrouve trempé, ébouriffé, mais qui semble déjà habitué au traitement.

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Une fin de journée d’été. Dans Saint-Sauveur, tout est en brique et en béton: même quand le soleil se couche, la chaleur demeure, diffuse. Je ne m’en plains pas, c’est même plutôt agréable. Je m’installe sur ma galerie, avec un bon bouquin et une verre de vin blanc.

Quand je suis chanceuse, les jeunes du bloc d’en face ne font pas jouer leur hip hop à pleine tête.

Et quand je suis très chanceuse, Alain s’installe sur le pas de sa porte, en plaçant une chaise sur le trottoir, comme on le fait si souvent dans Saint-Sauveur, et il gratte du blues sur sa guitare en sirotant sa grosse bière.

J’en ai passé des soirées à flâner sur ma galerie et à écouter Alain, à attendre que la fraîche tombe pour aller me coucher.

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J’arrive chez moi en trombe, stressée. La journée de travail s’est étirée, et je suis en retard. On m’attends pour 18h, un cocktail où je vais rencontrer mes futurs collègues de travail. Je viens tout juste d’obtenir la job de mes rêves, et je n’ai surtout pas l’intention d’arriver en retard et de faire mauvaise impression.

Je saute dans ma voiture et… rien. La batterie est à plat. Mon père est passé chez moi en après-midi, il a déplacé ma voiture mais a laissé les clignotants d’urgence fonctionner tout le reste de la journée. J’ai chaud.

– Alain, as-tu des câbles à booster? Ma batterie est morte!

Après que ma voiture ait démarré, Alain m’explique comment fonctionnent les câbles. Il ouvre ma valise et les place à l’intérieur.

– Tiens. Si jamais a repars pas à soir, tu seras pas mal pris.

Si je ne suis arrivé qu’avec un léger retard tout élégant à ce premier cocktail, c’est grâce à Alain.

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C’est l’automne. Je termine de préparer le souper quand ça cogne à la porte.

– Alain, ça va?

Le grand bonhomme a les yeux plein d’eau, un trémolo dans la voix, une grosse bière à la main.

– Gaston, y’a fait un ACV aujourd’hui. Les docteurs disent que je l’ai amené à temps à l’hôpital. T’sé Isabelle, si Gaston y meurt, je sais pas c’que j’vais faire. C’est comme ma famille. Y m’a pris quand j’étais rendu ben bas, pis grâce à lui, j’me suis r’mis su’l droit chemin… Fallait juste que j’le dise à kekun…

Quoi dire devant tant de détresse? Je rassure Alain du mieux que je le peux et, en fermant la porte, j’espère sincèrement que Gaston revienne vite vivre avec Alain.

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La dernière fois où j’ai vu Alain, c’est lors d’une des tempêtes du mois de janvier.

Je pelletais pour dégager ma voiture depuis 1 heure, et je ne semblais pas avancer d’un pouce. J’avais une rencontre ce soir-là, et je commençais à me dire que je ne pourrais jamais m’y rendre.

– Heille Isabelle, j’vas te donner ton cadeau de Noël en retard!

Alain arrive, avec sa grosse pelle, et dégage ma voiture en deux temps, trois mouvements, tout sourire. Il me raconte sa semaine, on placote tranquillement.

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Quand j’ai vu les deux premières voiture de police arriver mardi soir, j’ai pensé que c’était les jeunes d’en face qui avaient (encore) mis leur musique trop fort. Mais quand plusieurs autres voitures sont arrivées, je me suis précipitée à ma fenêtre. Les policiers sortaient de leurs véhicules en courant, terminant d’attacher leurs vestes pare-balles d’une main, sortant leur arme de l’autre. J’ai vu l’ambulance devant chez Alain, et j’ai su exactement ce qui venait de se passer.

J’ai passé la soirée sur mon divan, à tenter de trouver des détails sur le web, échangeant des textos avec mes copropriétaires, sans oser sortir de chez moi car je me trouvais en plein dans le périmètre de sécurité. Je regardais les badauds, les photographes et les journalistes attendre à la limite de la zone. Quand la nouvelle est finalement apparue sur LCN, je savais qu’il ne servait plus à rien de me dire que ce n’était peut-être pas grave.

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Pendant quelques jours, il y a eu une voiture de police stationnée devant chez Alain.

Depuis que la surveillance s’est arrêtée, un petit autel s’installe tranquillement à la porte de la petite maison bleue. Ça a commencé par deux roses rouges. Puis une chandelle… Maintenant, de menus objets s’ajoutent sans cesse: des fleurs, des cartes, un cadre avec des photos d’Alain et ses chats, des bougies… C’est tout le quartier qui s’y met.

Ce soir, avant d’aller souper chez des amis, j’ai ajouté à toutes ces petites offrandes une branche de marguerites mauves qui m’ont rappelé les petites fleurs mauves que mon voisin plantait chez lui chaque été.

En revenant, j’ai trouvé le pas de la porte chez Alain entièrement illuminé de lampions. Deux hommes discutaient tranquillement devant, les mains dans les poches, me saluant alors que je rentre chez moi. Dans mon quartier, la vie se passe souvent sur le trottoir. Avec cet autel de fortune, Saint-Sauveur vient encore me chercher droit au cœur avec sa simplicité et sa sincérité.

Salut Alain.

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83 réponses à “Salut Alain…

  1. C’est touchant Sylvie, et c’est venu me toucher directement droit au coeur. Que dire de plus que c’est beau.

  2. Merci Sylvie,

    Ça nous rappelle qu’il y a bien du bon dans le coeur des humains. Alain n’avait peut-être pas grand chose mais il a donné ce qu’un humain avait de plus précieux: de la générosité et du temps pour aider les autres.

    C’est une belle leçon pour nous tous!

  3. Très touchant votre texte Sylvie. Vous avez su si bien su dépeindre la rythme de vie de ce quartier dans lequel j’ai grandis et vieillis aussi (un peu) et que je continue de défendre à chaque fois qu’un ¨étrange¨ tente de le dénigrer…Je ne connaissais pas Alain mais des proches à moi l’appréciaient beaucoup, ils seront touchés de vous lire si ce n’est déjà fait…Cela prouve aussi que le charme d’un endroit ne tient pas qu’à l’architecture et autres trucs matériel mais bien aux gens qui l’habitent…Malheureusement, des histoires comme Alain, il y en a eu beaucoup, trop mais heureusement, il y a eu des ¨Alain¨ qui sont passés dans notre vie et que les souvenirs des moments partagés avec eux resteront gravés à jamais dans notre coeur.

    Namaste!

    • Merci Nathalie! Moi aussi, je défends St-Sauveur très souvent. C’est un quartier très simple, mais tellement plein de vie…
      À voir toutes les petites offrandes qui s’entassent devant chez Alain, c’est visible qu’il était très apprécié…

      Au plaisir de vous croiser!

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  5. Pingback: Salut Alain… « Sylvie Isabelle | lacapitaleblogue.com·

  6. Merci pour ce très beau texte qui montre comment Alain n’a pas vécu en vain. Et grâce à vous, beaucoup de personnes qui le liront auront une pensée pour Alain, pour Gaston, pour vous… Et tous, touchés par votre humanité qui a su voir un merveilleux jardin là où il n’y avait que de simples fleurs, regarderont certainement d’un autre oeil les gens qui les entourent pour découvrir leurs qualités, ce qui les rend uniques et différents. Merci!

  7. Très touchant, je ne connais pas Alain et pourtant,j’ai versé une larme en lisant votre article…
    Merci « Isabelle »…

  8. Je suis tombé sur votre billet par hasard.

    C’est vraiment un très beau témoignage/hommage, à la fois touchant et sobre!

  9. Beau texte touchant.

    Alain était un morceau de notre bout de rue.

    tous mes amis connaissait « Alain ». Sa lada décapotable, sa gentillesse, ses coups de main. Il y aura un avant, et un après. C’est vraiment triste, injuste.

    Ça fait 10 ans que je reste devant chez Alain, et nous savons déjà que ce ne sera plus jamais pareil.

    • Bonjour Rémi!
      Tu as tout à fait raison – Alain, c’était un « morceau » de la rue.

      Le quartier est maintenant plus sécuritaire, c’est vrai… Mais en même temps, il l’est beaucoup moins sans Alain.
      À bientôt!

  10. Milles merci; Je suis aussi une voisine d’Alain. Une de celle qui a déposé les photos des fleurs et quelques lampions devant sa porte. Je suis tellement touchée de lire ce que tu as écrit. C’est vraiment une description magnifique et réaliste. De même que ton constat du quartier en général. Cela m’a fait du bien de lire quelque chose comme ça. Surtout maintenant que plus personne n’en parle dans les médias. Je vis une immense peine depuis mardi dernier. Cela apporte un baume sur les plaies de lire que quelqu’un d’autre vit la même chose que nous de la même façon et ce à quelque pas de notre porte. Merci pour cet hommage. Alain le méritait bien.

  11. En passant si tu veux les originales des photos, demande:
    remi.morin @ gmail.com

    Et si jamais t’as des nouvelles du service, de Gaston ou du chat, j’aimerais bien en avoir.
    Bonne journée

    • Bonjour Rémi, je me demandais qui avait eu la délicatesse de placer des photos à notre disposition. Merci beaucoup, tu m’as vraiment fait du bien. Je souffrais en pensant que je ne le reverrais plus jamais, maintenant grâce à toi j’ai ces photos en souvenir. Moi aussi j’aimerais avoir des nouvelles de Gaston, du service et des animaux de Alain, si jamais tu en as et que tu veux m’en donner ce serait très apprécié. Merci pour tout et à bientôt.
      Carole.

  12. Merci beaucoup madame Isabelle pour ton message. Ton écriture est magnifique et tu fais revivre ce Alain que nous tous avons aimé et apprécié. Il restera à jamais vivant dans notre souvenir, mais la rue est bien vide depuis qu’on sait qu’on ne le verra plus apparaître, surgissant du coin de la rue ou de son entrée de cour… avec son sourire et son petit message encourageant. Je suis votre voisine aussi et j’habite le quartier depuis toujours, ma famille s’y étant établie depuis plus de 80 ans. Je remercie aussi les gens qui ont contribué à l’hommage pour Alain. Cela m’a fait du bien de savoir que des gens pensent encore à lui et à Gaston. J’espère qu’il sera toujours présent dans nos coeurs et qu’il est en paix enfin. P.S. moi aussi j’aimerais avoir des nouvelles de Gaston et du service pour Alain lorsque ce sera le temps. Merci pour tout.

  13. J’en pleure… Magnifique texte qui humanise une nouvelle vue à la télé. Saint-Sauveur est le quartier que j’ai choisi et j’adore y vivre – depuis maintenant 6 ans. Je me bute souvent à l’incompréhension des gens habitant les banlieue des alentours, comme si le centre-ville n’était que drogue, violence et immeuble décrépits! En plus, j’y élève ma famille: l’hérésie par exellence!C’est beau comment tu décris l’âme du quartier, et si vrai. Il ne me reste plus qu’à sécher mes larmes…

    • Moi, j’applaudis les gens qui viennent élever leur famille ici – je ne crois pas qu’il y ait de choix meilleurs que d’autres, mais Saint-Sauveur est définitivement un endroit qui vaut la peine. Au plaisir de te croiser, et merci de ton commentaire!

  14. Bonjour Isabelle,
    Moi je suis de St-Sauveur aussi. Jy ai passe ma jeunesse mais le destin ma apporte a aller rester au Etats Unis vla environs 20 ans. Cest beau ce que tu as ecrits et je te jure je lisait et revoyait mon enfance….quelques minutes de plaisir et tellement touchante en meme temps. Merci pour le texte. St-Sauveur a besoin de gens comme toi. Nimporte qui qui est nee a St-Sauveur dans les annees a Alain avait la malchance de mal tourne…je remercie le bon dieu de mavoir donne la chance de jamais avoir fait derreurs majeure et davoir reussi dans la vie. Lache pas 🙂

  15. Bonjour Sylvie. Mes parents ont grandi à côté dans Saint-Malo. J’ai habité quelques mois dans le quartier Saint-Sauveur, mais j’ai déménagé en catastrophe après avoir réalisé que mon proprio du dessous était un être asocial et violent. Ton article me rappelle qu’il est important d’ouvrir les yeux à ses voisins, de dire bonjour, juste pour ne pas se laisser envahir par la paranoïa urbaine. C’est quand on a des ennuis que ça fait du bien de réaliser qu’on connait un peu ceux qui nous entourent. Ton texte est beau et m’a fait battre le coeur un peu plus vite pendant quelques minutes.

  16. Bonjour Isabelle,

    Ton texte m’a vraiment pris à la gorge ! Après l’avoir lu et relu, ça ma rappeler pourquoi j’habite ce quartier, pourquoi j’y suis revenu après avoir vécu près de 15 ans dans le quartier St-Jean Baptiste et St-Roch. J’aime ce quartier, j’y suis né et y ai vécu jusqu’à mon départ en appartement. Mes parents y sont nés, mes grands-parents paternels et maternels aussi, ainsi que leur parents des deux bords… bref, mes racines familiales dans ce quartier remonte à près d’un siècle. Du côté de ma conjointe même histoire. On y a vécu la plus belle enfance. Le Camp St-Jospeh, le PAtro, le parc Victoria, le restaurant Central, le Chalet St-Sauveur, les patinoires, le cap (le Côteau Ste-Geneviève pour le in), etc. C’est un quartier à la dure mais un quartier de monde qui s’entraide et reconnaissant. Parfois je dit au monde de la campagne que St-Sauveur c’est un village en ville.
    C’est un coin qui change énormément. Et j’espère qu’il y aura toujours de la place pour les Alain de ce monde. Lorsque j’étais jeune j’ai fréquenté les écoles de mon quartier. C’était ruff, j’étais ruff. Fallait l’être pour survivre ! De la tôle j’aurais pu en faire. J’en ai connu un tas qui en ont fait ou qui ne sont plus là pour en parler ! J’ai fait mon secondaire à Perreault et là j’ai connu l’écart de classe sociale. Comme une claque dans la face. Parfois j’avais presque honte de venir de St-, Sauveur. Les parents de certains amis de la Haute-Ville ne voulait pas que leur enfants descende en bas de la côte. Les choses ont beaucoup évolués … quoi ce quartier là doit toujours subir les préjugés.
    J’ai eu la chance de bien réussir dans la vie. Je pourrais vivre ailleurs aujourd’hui dans les quartiers qui ont plus la cote comme bien du monde. Je suis fier de vivre ici, d’éléver mes enfants ici, d’être proche de mes racines. Le monde ici ont le coeur gros inversement proportionnel au porte-feuille.
    Je suis heureux de voir que toi aussi tu y a trouvé une âme sans pareille !
    L’autre Alain

    • Merci beaucoup pour votre commentaire! Je crois que les générations aidant, les « classes sociales » se mélangent plus facilement… du moins ai-je la naïveté de le croire. Ce qui compte, c’est ce qu’on a dans le cœur, et non dans le porte-feuille!

    • « un village en ville »

      Y’as ceux qui passent, comme les survenants de jadis (comme le fou de cette histoire d’ailleurs) et t’as ceux qui y reste. On est comme un village au bord de la mer finalement, avec les bateaux et son lots d’étranges qui ne sont que de passage.

  17. Bonjour Sylvie, j’ai habité pendant trois ans en face de chez monsieur Alain avec ma meilleure amie (elle c’est la grande blonde, moi c’est la petite avec les cheveux rouges) juste en dessous des voisins qui mettent leur musique trop fort et certainement très près de chez vous. J’ai été extrêmement peiné d’apprendre le drame, mais aujourd’hui me voilà touchée de lire votre texte. Vous dépeignez le voisin que j’ai tant apprécié, celui qui s’inquiétait lorsque nous étions parties trop longtemps et que des gens qu’il ne reconnaissait pas venaient sonner à la maison. Celui qui a pris soin de nous pendant ces trois ans et que j’ai continué de voir et de saluer à chaque fois que je passais dans le quartier. Merci beaucoup pour vos belles parole.

    • Juste en dessous des voisins qui mettent leur musique trop fort? Je comprends pourquoi vous êtes déménagées! 🙂
      Sérieusement, merci de votre commentaire – c’est très gentil d’avoir pris le temps… Je me rends compte qu’Alain était très apprécié et ça me fait chaud au cœur.

  18. Ouf … quel texte prenant. Merci.

    Et je salue Alain, et tous les Alain du monde. C’est certain qu’une âme comme Alain, ça vit éternellement.

    Mais je ne suis pas sûre que ça me donne le goût d’aller vivre dans St-Sauveur.

    • C’est beaucoup moins pire que ça en a l’air Venise… Pour te donner une idée, les gens me saluaient ce soir alors que je revenais à pied chez moi… C’est te dire combien les gens sont solidaires par ici.

      Je crois sincèrement que c’était un acte isolé… mais encore faut-il être vigilant, à St-Sauveur ou ailleurs!

  19. Salut Sylvie, ton texte est très touchant. Merci d’avoir pris le temps de mettre tes pensées en mots pour notre plaisir.
    Alain était un ami de mon adolescence que je n’avais pas revu depuis bien longtemps même si à travers les amis d’enfance, on en avait des nouvelles de temps à autres. Alain était déjà un gars agréable qui grattait sa guitare quand on avait 17 ans…. je suis contente de voir que son entourage l’appréciait et bien triste qu’il soit parti ainsi…

  20. On dirait bien que la bonté d’Alain a changé la vie des gens autour de lui… Et même mort, les gens se rassemblent autour de lui. Lui qui voulait se racheter de son ancienne vie, je crois que c’est mission accomplie! 🙂

  21. Salut Isabelle,

    Comment rendre un hommage émouvant à une personne qui t’aura marquée dans ce quartier, un être Humain avec toute son humanité, sa gentillesse, son dévouement et tout ce qu’il représente pour toi, tu viens de le faire.

    C’est vraiment une partie de ta vie, qu’un assassin vient de te voler, mais au-delà de ça, il te reste une chose, c’est le souvenir indélébile que tu garderas en toi et que jamais personne ne pourra te voler.

    C’est vraiment triste, voir un homme qui s’est battu pour remonter à surface et devenir bon, dans son quartier, une sainte sagesse qui est aussi venue nous toucher.

    Merci à toi, Sylvie, car, au travers de ce témoignage sur la Bonté Humaine, tu nous auras fait connaître la personne, ce voisin que tout le monde souhaiterais avoir, cet amis qui est toujours présent pour aider et soutenir.

    Isabelle, je sais que tu ne dois surement pas nous connaître, mais nos collaborateurs se sont rendus sur les lieux de cette tragédie, celle qui t’a enlevé Alain.

    Qui nous sommes, Patrouilleurs Médias Québec, reporters et fournisseurs de services pour la grande région de Québec et nous avons fait un reportage respectueux sur ce drame vécu par un quartier et des proches comme toi.

    Nous tenons à te présenter l’expression de nos plus sincères et très respectueuses sympathies, que ton amis Alain repose en paix.

    Les liens des articles :

    http://patrouilleursmedias.com/2012/02/07/homicide-dans-le-quartier-st-sauveur-a-quebec-8569/

    http://patrouilleursmedias.com/2012/02/08/meurtre-dans-st-sauveur-le-suspect-avait-un-lourd-passe-criminel-et-il-connaissait-la-victime-8593/

  22. J’ai beaucoup apprécié le texte. Je pouvais me voir partager une « blonde ben froide » avec Alain.
    Merci d’avoir partagé.

  23. Bonjour Isabelle,
    Je suis venu lire qui était Alain, car ma nièce qui est sa voisine d’en face a eu beaucoup de peine de ce qui s’est passé. C’est une grande perte pour elle et sa petite famille. Comme tout ce qu’elle vit, malgré que l’on ne se voie pas aussi souvent qu’on le voudrait, me touche, je devais savoir la version que les médias n’ont pas racontée, celle qui faisait de ce voisin quelqu’un d’aussi attachant pour que ma nièce en soit si atterrée. Maintenant je comprends mieux. Comment ne pas apprécier quelqu’un qui a un lourd passé qui non seulement a décidé de se prendre en main, mais dont le seul bonheur consistait à aider les autres en échange d’un sourire en guise de salaire. Ton texte est vraiment émouvant et fait beaucoup réfléchir sur le jugement que la société porte sur les gens qui tente de se réhabiliter. Il avait trouvé la sienne. Je souhaite à tout le monde d’avoir un Alain comme voisin, mais de ne pas le perdre de cette façon…

    • Bonjour Guylaine!
      En fait, les médias ont tout de même fait un bon travail à mon sens… mais bien entendu, ils ne peuvent vraiment transmettre les sentiments comme tous les commentaires que les gens laissent ici. Alors je suis bien contente d’avoir pu vous présenter Alain afin que vous puissiez mieux comprendre votre nièce.

      Merci d’avoir pris le temps de m’écrire un mot!

  24. Wow. Je ne connais pas Alain, et n’habite pas St-Sauveur. Mais j’ai l’impression de le connaître avec ces quelques anecdotes. Repose en paix, Alain.

  25. Votre texte sur votre blogue est entrain de se propager à grande vitesse sur les réseaux sociaux. C’est très bien ainsi puisque l’histoire mérite une attention et que vous avez une très belle plume! Moi aussi j’aime ce quartier et je suis content que ma galerie d’art s’y trouve même si cela comporte des défis!

    Patrick
    Galerie Mur insolite

  26. Merci pour ton partage Sylvie, t’as le talent pour écrire plein de beaux livres, si seulement cette histoire aurait été fictive… Un tas de gens est touché par ce qui est arrivé, et par ton écrit même si on ne connait pas les gens de ce coin.
    J’ai connu l’assassin, il m’a harcelé plusieurs fois l’été dernier, je travaillais sur St-Joseph est. Dès le début, je n’avais pas confiance, je le repoussais gentiment, puis d’un air de moins en moins sympathique, et j’ai fini par l’ignorer, et lui de même finalement. Fiou…. il aurait pu m’en vouloir, j’sais pas. Je n’aimais pas sa fausse attitude de doux, gentil, peiné de mon rejet. À moi, il s’est nommé « Matou ». On est plusieurs à s’être raconté ce même genre d’anecdote sur Facebook.
    Pour le deuil, j’en comprend un bon bout, un de mes frères s’est pendu l’été passé. Il était bipolaire depuis plus de 20 ans, pourtant traité et responsable. Pour Alain, on doit se rappeler qu’il y a toujours des gens comme lui, qui malgré leur passé, finissent par se conscientiser et s’aider, ou se faire aider. J’espère une suite pas trop difficile pour l’homme à qui il se donnait quotidiennement. Et Alain, soit en paix, tu as su sortir le bon en toi et tu laisses pleins de bons souvenirs et d’exemples à suivre.

  27. Je vis en France et suis loin de ce triste fait divers. Ce texte est un bel hommage rendu à un voisin qui ne méritait pas cet affront. Je ne le connaissais pas, mais il est certain qu’il était un gars bien en prenant conscience de ses erreurs. Je vois qu’il a été très apprécié par tout le quartier. Que son âme repose en paix et que sa mémoire survive à travers tous les gens qu’il a connu.
    On ne meurt jamais tout à fait, puisque notre esprit est immortel; il perdure dans les souvenirs et est toujours présent près de ceux qu’on a aimé.

    J’ajouterai en aparté que j’aime beaucoup votre vocabulaire québécois… et votre accent. 😉
    Bon courage et bonjour à Québec.

      • Ne me remerciez pas; ces mots que j’ai écrit sont sincères 😉
        Votre langue est si jolie à entendre. Si différente et semblable à celle parlée en France, elle en a gardé toute son essence poétique. Enfin, ce n’est qu’un avis personnel. Nous sommes en quelque sorte des cousins éloignés 🙂
        Je ne suis jamais allé au Québec et je pense que ça doit être un beau pays.

  28. Tu nous racontes ton quartier d’une rare façon, Sylvie. Ce lien qui s’est tissé avec Alain, tu nous l’amènes avec pureté et respect. Merci pour ce petit bijou.

  29. Salut Sylvie,

    On ne se connaît pas. C’est par hasard que je suis tombé sur ton texte. Mes amitiés donc au souvenir d’Alain. Que je n’ai jamais eu le plaisir de rencontrer, ceci étant dit. C’est aussi par hasard que j’ai déjà moi-même écrit quelque chose sur les Alain de ton quartier. Un quartier qui s’est par ailleurs pas mal renmieuté depuis les années où je l’ai fréquenté. C’est dire. Mon histoire — une chanson en fait — n’est pas yable plus jojo que la tienne. Elle tient davantage du documentaire que du chant d’espoir. Mais comme elle raconte le quotidien de gens que tu connais peut-être, la partager avec toi me semble naturel.

    Au bon voisinage. Et au plaisir de te lire à nouveau.

    LA GAME

    J’gagne ou j’perds ma vie à rabouter deux trois métiers
    Pour me faire croire que mes semblables ont besoin de moi
    Toi, tu payes ton pain, tu payes ton vin rarement avec des vingts
    Mais toujours fier, tu lèves ton verre à la santé des oubliés

    Te souviens-tu le jour du jour de l’An l’année passée
    Assis sur une congère comme des cons décongelés
    On contemplait la rue salée, la sloche qu’on a souvent mangée
    Le juste prix à payer pour gagner une autre coupe Stanley

    La game est commencée
    Mais moi je joue su’l banc
    Depuis une couple d’années
    À regarder l’temps passer (bis)

    Marcel, lui, y a compris, y a fait ses petits pis y est parti
    Ça l’air qu’y roule sur l’or que’que part aux îles Fidji
    J’ai reçu ses lettres, ses cartes postales
    Ses bouts de napperons, la grosse vie sale
    Toujours signés : « mon Paul, viens-t-en
    Pendant qu’y est encore temps »

    Su’l bord du Saint-Laurent, même les Hells sont au courant
    Qu’on voyage pas souvent les deux pieds dans l’ciment
    À courir d’une shop à l’autre, comme ton père pis mononc’ Claude
    De Saint-Roch à Saint-Sauveur
    On oublie les ans, les mois, les jours, les heures
    L’horizon se fond au béton trompeur

    La game est commencée
    Mais moi je joue su’l banc
    Depuis une couple d’années
    À regarder l’temps passer

    La game est commencée
    Mais moi je joue su’l banc
    Depuis une couple d’années
    À regarder l’temps s’échapper

    Te souviens-tu le jour du jour de l’An, l’année passée
    On était là, comme aujourd’hui, à regarder
    Le temps gagner

  30. Alain était un client régulier du commerce à mon père. Toujours souriant, sympathique… J’ai eu la chance de le croiser deux semaines avant la triste journée. On ne sait jamais quand ça s’arrête. Merci pour votre témoignage.

  31. Alain était était tellement comme tu le décris. Ton texte est juste et touchant à la fois.

    Je l’ai croisé la veille de l’évènement. J’allais au CLSC pour les vaccins de mon fils. Je regrette de ne pas avoir pris quelques minutes pour lui jaser un peu. Qui pouvait prédire que c’était la dernière fois que j’en avais l’occasion.
    Il était tout sourire et avait l’air particulièrement heureux. Je me rappelle m’être fait cette remarque après l’avoir salué.
    En ce qui concerne son histoire avec Gaston c’est comme tu le dis. À la différence que Gaston avait légué sa maison il y a quelques années à Alain en échange, Alain continuait de prendre soin de Gaston jusqu’à la mort de celui-ci.

    Qui aurait cru que ce serait Alain qui partirait en premier ?!?

    Alain c’est le voisin qui arrosait mes plantes quand je partais quelques jours. Qui emmenait régulièrement de petits cadeaux de « gars » à mon fils quand il revenait de chez Escompte Lecompte. C’est le gars qui m’avertissait si quelqu’un avait surveiller ma maison un peu trop de près lors de mes absences. C’est aussi le gars qui venait nous raconter comme tu l’as si bien écrit ses petits bonheurs et ses petites misères.

    Dernièrement, il s’était fait une copine et cela semblait le rendre très heureux. Il m’en avait parlé il y a quelques semaines avec son petit air gamin. « Je me suis fait une tite-blonde je pense ben »

    Sur la pas de sa porte une rose en chocolat a été déposée. Un petit mot écrit d’une main tremblante: « Cette année tu étais mon valentin mais la vie en a décidé autrement ». Mon coeur a saigné à la lecture de ce mot. Que de douleurs!

    Chaque matin depuis une semaine je me lève et avant même d’aller faire mon petit pipi je me dirige vers ma porte d’entrée. Soulève le rideau et dirige mon regard vers le lieu du drame. Devenu son autel de fortune. De plein fouet la cruauté de la réalité me frappe. Et en même temps ces petits lampions qui brillent; ces fleurs; et ces photos, calme un peu cette brûlure que je ressens.

    Je ne te remercierai jamais assez pour ton texte. Cela a permis qu’on ne l’oublie pas tout de suite. Il y a une partie de moi qui refuse qu’on passe à autre chose aussi rapidement. De voir, que d’autres gens dans notre quartier ont vécu les mêmes sentiments que moi m’a fait du bien.
    Venir échanger quelques mots sur Alain au pied de sa porte avec des gens qui pour moi jusque-là m’étais étrangers rend un peu de son humanité au quartier.

    Une voisine à qui je n’avais jamais parlé encore malgré que cela fait plus de 10 ans que j’habite le quartier nous a dit:
    Je vous remercie encore une fois pour tout. Cette solidarité autour d’Alain me rend le quartier un peu plus « vivable » et humain après un drame semblable.

    Voilà sur quoi il faut se concentrer.
    Il y a tellement à dire encore sur Alain je ne peux me résigner à finir ici ce texte.

    Il ne reste qu’à le laisser continuer à vivre dans nos souvenirs et dans notre coeur.
    Et à son image de contribuer à faire de notre quartier on endroit ou il fait bon y vivre.

    Dans mon coeur tu t’appelleras toujours Isabelle quand je te croiserai dorénavant 🙂

    • Canellie, tu me tires les larmes lorsque je lis ton texte. Tu exprimes si bien ce que je ressens aussi. Et moi aussi, à chaque fois que je me lève, je ne peux m’empêcher d’aller jeter un oeil vers cette maison, comme je le faisais toujours, pour voir si tout semble « normal ». Malheureusement, la normalité a changé depuis une semaine… Je te remercie encore pour ton texte et j’espère que tu n’as pas pris ma timidité pour de l’indifférence… À bientôt.

      • Merci Karol pour tes beaux mots; et non je n’ai pas pris ta timidité pour de l’indifférence. Ce drame rapprochera peut-être quelques-un d’entre nous. Il y aura la vie avant et après ce drame sur la rue Hermine. Il y aura ceux qui y étaient…et ceux qui viendront y vivre après.

  32. Votre écriture est si vivante, Sylvie, que, pendant toute la lecture, je n’ai pas arrêté de me demander si je lisais un texte de fiction ou le compte rendu d’un événement réel. Votre récit est émouvant et habile. Merci.

  33. Les premières roses rouges déposés sur la marche à Alain.. Ce fût les miennes,, Malgré la voiture de police en fonction devant la porte je ne me suis pas gênée pour aller témoigner toute ma tristesse et ma profonde sympathie face à cette acte injuste et révoltante.

    J’ai connu Alain il y à 10 ans.. lors de mon premier déménagement après avoir quitter le cocon familial. Première appartement à vie, première expérience en ville et étant quand même assez jeune dans la vingtaine, j’avais un peu peur d’habiter seule. Ça n’a pas durer longtemps car j’ai connu Alain assez vite grâce à Gaston! Toujours charmeur auprès de ces dames malgré son âge..Gaston m’a tout simplement sifflé de sa fenêtre du deuxième étage lorsque un beau matin de mai je m’en allais au dépanneur. Étant surprise de me faire aborder par un homme de cette âge j’étais un peu perturber.. Alain qui était devant la maison regarda mon air ahuri et parti à rire d’un rire franc et de bon cœur. Ce fût ma première rencontre avec Alain,

    Ayant l’amour des animaux, la passion de la musique et un amour inconditionnel de la vie en commun, Alain et moi, avons trouvé des affinités assez vite… Alain était comme mon grand frère .. Mon défenseur lorsque certain voisin me causait du trouble… Avec lui je savait que je serais en sécurité dans cette rue car Alain prenait la quiétude de la rue à cœur..
    Un homme très intelligent malgré les apparences, qui à sût effacer ces erreurs de jeunesse et repartir du bon pied en retournant à l’école pour devenir préposé au bénéficiaires.. C’est en s’occupant de Gaston depuis plusieurs années qui l’a aidé à choisir ce qu’il voulait faire comme métier… Il désirait que Gaston finisse ces vieux jours comme lui le désirait.. à la maison.. Peux de gens aurait eu la Bonté de faire ce qu’il a fait pour Gaston bien qu’il n’était même pas de sa famille. Gaston avait prévu de lui léguer la maison lors de sa mort.. Alain y voyait sa pension.. son rêve.. SA maison,.. Tout cela perdu en une fraction de seconde…

    Lorsque je passais devant cette maison bleu.. pleins de souvenirs me revenait en mémoire qui me donnais un petit sourire en coin à chaque fois…. toute les conversations, les petits moment perdu ou je suis allez voir Alain qui m’accueillais toujours les bras grand ouvert.. à chaque noël depuis que je connais Alain.. c’était rendu une tradition, je suis toujours aller faire un tour chez Alain manger de la dinde avec lui et Gaston…

    Alain, tu es dans mon cœur et mes pensées.. tu sera mon grand-frère à jamais..
    En espérant que tu es enfin trouvé ton chez toi.. ton paradis.. avec Max…
    Tes cheveux frisés ébouriffés et ton sourire me manque déjà…

  34. Alain c’était mon ami…

    C’était l’hiver, dans le temps des fêtes…. des hivers comme on en connait à Québec, genre -20C -25C. Je revenais de l’école.. En tournant le coin de rue, où il y a d’habitude un parking, je vois plein de sapins, une vieille roulotte, des lumières de couleurs, un vieux chien attaché, dehors au froid…

    Soudain, sortie de nulle part un grand gaillard, habillé pour le pôle nord, emmitouflé jusque là… s’avance vers moi d’un pas certain.. Arrivé à ma hauteur il lève le bras pour me serrer la main.. Je fais un pas en arrière.. Il part à rire et enlève son son passe montagne.. Hahaha! Dédé! tu veux un sapin de noël?… .

    Il m’invite dans sa roulote.. Une petit poêle électrique, une cafetière.. Un plat d’eau pour son pitou et un bol de graine.. Il nous verse un café chaud.. Alain faisait du très bon café.. Il sort une petite bouteille de Brandy, baptise le café.. On trinque..
    Il a passé 2 semaines sur ce coin de rue à se geler les burnes pour 2-3 $ de profit par sapin… Les affaires sont bonnes me dit-il…

    C’était Alain.

    J’ai connu Alain dans les années 80 sur la maine à Québec, la rue St-Jean pour les plus vieux.. On sortait à l’Arlequin, Ostradamus, brasserie St-Jean.. et plein d’autre petites places trippantes dont le nom m’échappe et/ou qui n’existent plus aujourd’hui. Alain était un bon jack et j’aimais bien sa compagnie.. Ensemble on se clanchait des fou rires.. Et à nous 2 on faisait une méchante paire…

    Plus tard, après le truc des sapins il a été mon coloc assez longtemps… Il travaillait tellement dur pour gagner son pain.. Il ramassait de la feraille un moment donné. Il avait un vieux pickup Ford 250 bleu.. genre de gimbarde qu’il avait retapé au grand complet.. Misère.. il arrivait toujours à faire beaucoup avec très peu.. Il avait un caractère mais pas méchant pour 2 sous…

    Ceux qui croit ou qui disent qu’Alain était un ancien bum se trompent carrément.. Il a fait la fête, mais jamais il a passé la cloture.. Faites vos recherches je vous mets au défis…

    Je terminerais en disant à tous ceux qui l’ont connu de près ou de loin que vous avez une chance incroyable d’avoir croiser ce gars dans votre vie.

    Alain je te pleure et je sais que là haut ils ont besoin de toi.. Salut mon ami je t’aime…

    André B.

  35. Je trouve particulièrement touchant de voir le voisinage qui a commenté cet hommage sur le web. Un genre de point de ralliement virtuel qui permit de vivre ce deuil ensemble. C’est ça qui m’impressionne le plus et qui me donne beaucoup d’espoir.

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