Put your money where your mouth is

Il y a plusieurs années (je ne vous dirai pas combien!), j’habitais à Sainte-Foy avec mon copain, tout près de l’université. J’avais le tout début de la vingtaine, je travaillais au salaire minimum tout en étudiant, et payer le loyer n’était pas une mince affaire. Une fois tous les comptes payés, il nous restait parfois un beau 10$ pour faire l’épicerie. On était pas vraiment à plaindre: en marchant un peu sur notre orgueil, on pouvait aller manger chez papa-maman et revenir à la maison avec un pâté chinois, une sauce à spag’…

Une journée où on faisait les courses, on s’était arrêté au club vidéo pour s’offrir le grand luxe de se louer un film. En revenant vers la voiture (un autre don de papa-maman), un homme s’est avancé près de moi. Hirsute, sale, les cheveux longs… Il m’a regardé en me tendant la main, et en murmurant:

« J’ai faim… Avez-vous des sous? Pour manger… »

J’ai sursauté – je ne l’avais pas vu venir, j’ai eu peur. Secouée, j’ai marmonné non, je suis entrée dans la voiture. En s’éloignant, je l’ai vu qui nous regardait, l’air découragé.

C’est à partir d’ici que vous pouvez rire un peu de mon histoire et d’un comportement de couple typique. J’ai éclaté en sanglots tellement l’homme me brisait le cœur. Mon copain était un peu désemparé, et tout au long du retour, il a tenté de me consoler. Peine perdue: arrivée à l’appartement, je pleurais toujours autant. Alors, voulant être homme de la situation, il a cherché un moyen de régler le problème.

« Ben là, Sylvie… Veux-tu que j’y retourne? »

Et oui. Mon copain a repris la voiture pour retourner au club vidéo avec notre dernier 10$ pour en faire don au monsieur qui avait faim. J’aimerais vous dire qu’il a retrouvé le monsieur et lui a fait don de ces sous, mais bien entendu, le monsieur avait poursuivi son chemin. Au moins, au retour de mon copain, je m’était un peu calmée.

Il y a quelque temps, j’ai écrit un billet qui vous faisait part de ma nouvelle résolution: j’ai souscris à un don mensuel à la Maison Lauberivière.
Peut-être que certains d’entre vous le font et choisissent, contrairement à moi, de ne pas en parler. Moi, j’ai décidé de vous le dire, et de vous en parler souvent, pour vous convaincre. Que voulez-vous, j’ai un background de pub: je sais très bien qu’on doit souvent entendre le même message avant de passer à l’action.

La faim me touche profondément: pour une gourmande telle que moi, avoir faim est une torture que je n’ose pas imaginer. Quand j’ai faim, je deviens d’une humeur redoutable: parlez-en à ceux qui m’entourent, ils sauront vous le dire. Mais pour moi, avoir faim, c’est une question de minutes, rarement d’heures. Pour certaines personnes, c’est une question de jours, parfois même de semaines.

Il y a quelque temps, j’ai lu un article dans le journal Le Soleil, et cette phrase m’est rentrée dedans comme un coup de poing: « Le tirage au sort a commencé pour déterminer dans quel ordre ils pourront visiter le magasin situé au sous-sol afin de choisir les aliments, afin de remplir leur ventre. »

Ouch.

Est-ce qu’on peut vraiment continuer à consommer comme on le fait sans se soucier des plus démunis autour de nous?

Vous me direz: Oui, mais je travaille fort pour ce que j’ai, je peux bien en profiter.
Je suis plus que d’accord avec cette affirmation. Mais au lieu d’acheter une bouteille de vin à 25$, faites plutôt un don de 10$, achetez une bouteille à 12$… Vous avez même un jeu de 3$. Une seule fois au cours du mois, faites ce choix. La bouteille de vin n’en sera que meilleure.

Vous me direz: C’est pas nous qui pouvons régler ça, c’est le gouvernement.
Je réponds: belle façon de se déresponsabiliser. Agissons à petite échelle, là où nous pouvons.

Je crois sincèrement que ce sont les individus qui peuvent faire changer les choses, et que toutes les entreprises et les organisations devraient automatiquement chercher une façon de redonner aux communautés dans lesquelles elles œuvrent. Systématiquement. Je ne dis pas qu’elles devraient redonner tout leur profit – qui voudrait à ce moment se partir en affaires? Je ne dis pas qu’elles devraient redonner la moitié, le quart de leurs profits – je dis qu’elles devraient redonner, dans la mesure de leurs moyens, et que tout don compte, aussi petit soit-il.

C’est certain qu’en habitant dans le quartier Saint-Sauveur, je suis confrontée quotidiennement à des gens qui ont eu moins de chance que moi. Et parfois, la ligne est mince – c’est trop facile de jeter la pierre et de dire que ces gens sont dans leur situation parce qu’ils n’ont pas assez fait d’efforts. Je crois au contraire que je suis dans ma situation parce que j’ai eu de la chance. Et si vous habitez en banlieue, à Sainte-Foy, à Beauport, à Cap-Rouge, et que vous vous dites « T’as juste à pas habiter en ville si t’es pas capable de dealer avec, fille! », et bien je vous réponds qu’il y a assurément des gens parmi vos voisins qui sont dans la même situation et qui luttent de toutes leurs forces pour que ça ne paraisse pas.

Pensez-y.
Quel genre de voiture avez-vous?
À combien s’élevait votre dernière facture de resto?
Quel est le montant que vous consacrez annuellement à vos vêtements, à vos produits de beauté?
Quel est le prix moyen des bouteilles de vin que vous vous offrez?

Je ne vous dis pas de vous priver. Je suis moi-même loin de le faire. J’ai une hypothèque, je vais au resto (probablement plus souvent que vous!), mes deux chats sont nourris à la bouffe de vétérinaire… Et c’est justement parce que j’ai TOUT ça et plus encore que j’ai décidé de donner un peu, juste un tout petit peu.

Barack disait « Yes, we can! ».
Ce serait encore plus merveilleux de dire « Yes, we do! ».

Vous voulez agir?
Maison de Lauberivière
Le Pignon Bleu
Moisson Québec
Le Relai d’espérance

Vous avez besoin d’inspiration?
D’autres foodies avant vous se sont impliqués… et pas les moindres!

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6 réponses à “Put your money where your mouth is

  1. Dans mon entreprise à chaque 5@7 offert au personnel, on nous offre d’emmener des boites de conserve ou autre pour moisson Québec. Nous en sommes cette année
    à 40 kgs et nous en sommes très fiers! L’idée vient de notre directrice marketing, adepte du foodie elle aussi. Alors j’en profite pour remercie M-C pour son initiative!

    • Exactement le genre de truc qu’on peut faire. C’est pas grand chose, mais en bout de ligne, ça devient beaucoup.

      En plus de nourriture, les dons en argent sont aussi très utiles – le mien n’est vraiment pas énorme, mais si ça s’accumule, ça devient autre chose.

      Je suis certaine que vous appréciez tous davantage vos 5@7 en faisant ça. On est chanceux!

  2. Il y a aussi Centraide. Un montant chaque paie. On peut même choisir la région où va aller notre don. Un autre petit truc tout simple est de prendre une carte de crédit qui remet un montant à un organisme d’aide, plutôt que de nous permettre d’accumuler des points bonis.

  3. Done! Ça faisait longtemps que je voulais donner un montant par mois, et voilà c’est fait, j’ai choisi Unicef. On fait aussi toujours une grosse épicerie pour Moisson Québec au temps des fêtes.

    Merci pour le petit « push » que j’avais besoin.

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